Une nouvelle introduction dans le secteur green
Par Pierre Laurent, Analyste financier chez EuroLand Corporate
La semaine dernière, Charwood Energy a annoncé son admission sur Euronext Growth avec la levée de 12,4 M€ (dont 8,4 M€ par compensation de créances auprès d’Eiffel Gaz Vert, un des leaders de la filière du gaz renouvelable dans l’hexagone), un niveau inférieur à l'objectif initial. Cette levée porte la capitalisation de la société à près de 60 M€. L’occasion de revenir un peu plus en détails sur les activités de la société ainsi que sa place dans le vaste panorama de la transition énergétique en France.
Groupe fondé en 2006 par Adrien Haller, qui détient toujours près de 45% du capital suite à l’IPO, Charwood Energy est un acteur spécialisé dans la valorisation énergétique de la biomasse (bois, pailles, effluents agricoles, boue de stations d’épuration). Initialement fournisseur de solutions clés en main pour compte de tiers (industriels et collectivités principalement, mais aussi agriculteurs), la société a récemment complété son offre et développe depuis le début de l’année une production d’énergie renouvelable pour compte propre qui n’est pas encore contributrice au CA du groupe.
La force de Charwood réside principalement dans la dualité de ce modèle puisqu’il permet de maîtriser pratiquement l’ensemble de la chaîne de valeur. D’un côté, à travers sa filiale Energy&+ (détenue à 100%), la société propose des solutions de conception, exploitation et maintenance d’unités de production (qui prennent trois formes : chaufferie biomasse et réseaux de chaleur, méthanisation, pyrogazéification). De l’autre, à travers W&nergy (détenue à 60%, le reste appartenant presque entièrement à Eiffel Gaz Vert depuis le partenariat noué en 2021), Charwood a la casquette de producteur d’énergie pour compte propre. Cette énergie est ensuite commercialisée et revendue à des industriels à travers des cPPA, contrats d’achat long-terme.
Côté chiffres, Charwood a réalisé plus de 100 projets pour compte de tiers depuis sa création, soit une puissance installée de 54MW, et travaille avec des clients de renom (Engie, Séché Environnement…). Le groupe a enregistré 4,6 M€ de CA en 2021 (+113% vs 2020), est rentable au niveau de l’EBITDA (marge de 22,9%) et dispose d’un carnet de commandes conséquent : pour compte de tiers, le backlog s’établit à 6 M€, le pipeline commercial à 43 M€ et pour compte propre, 5 projets sont en développement (soit un ARR estimé à 7,7 M€) et 17 autres sont en discussion, pour un ARR de 37 M€. L’entreprise a par ailleurs annoncé son objectif d’atteindre 100 M€ de chiffre d’affaires en 2027 et une marge normative d’EBITDA supérieure à 35%.
Cette ambition est notamment portée et soutenue par un cadre réglementaire très favorable au développement de la filière renouvelable en France. La PPE, socle législatif du déploiement de la transition écologique dans le pays, prévoit notamment d’augmenter la part des énergies renouvelables à 33% de la consommation d’énergie totale d’ici 2030. Dans cette optique, bien qu’encore peu utilisée en France, la pyrogazéification, un des modes de production d’énergie utilisé par Charwood, devrait connaître un essor massif : l’ADEME estime qu’à horizon 2050, près de 50% de la production de gaz renouvelable en sera issue. Les fonds levés au moment de l’introduction doivent notamment permettre à la société d’investir en fonds propres dans des SPV porteuses de ce type de projet, qui doit encore faire ses preuves.
En matière de valorisation, au cours actuel (9,80€), la société se paie environ 6,0x le CA 2022e selon les hypothèses du management (7,0M€ de CA estimé en 2022). Bien qu’il ne soit pas aisé de trouver des comparables entièrement pertinents étant donné la nature du modèle de Charwood (intégrateur et producteur) et la complexité de la chaîne de valeur, les dernières introductions en bourse sur le secteur (au sens large, puisqu’il regroupe ici d’autres verticales que la biomasse) font ressortir des multiples très élevés (>300x VE/CA pour Lhyfe, >25x pour Waga Energy ou encore près de 10x pour Haffner Energy). Du côté des sociétés cotées depuis plus longtemps et ayant, en partie, un modèle économique similaire à celui de Charwood, on peut trouver par exemple Agripower, un pur intégrateur d’unités de méthanisation, qui est quant à lui moins bien valorisé, à moins de 2,0x le CA 2022e.
Sur un marché en croissance structurelle, porté autant par une réglementation favorable que par l’impératif absolu de réussir la transition énergétique, Charwood Energy dispose d’un potentiel évident. Les objectifs affichés par le management sont toutefois pour le moins ambitieux, toute chose égale par ailleurs. Société à suivre de près, donc, tout autant que son secteur, qui devrait lui aussi connaître son lot de perdants et de gagnants à terme.
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