
Par Thomas Hornus, associé d'Euroland Corporate
L’Autorité des Marchés Financiers a dévoilé, le 6 mai 2026, son plan d’éducation financière 2026-2028 spécifiquement dédié au renforcement de l’investissement des femmes. Cette initiative intervient dans un contexte où les écarts de genre persistent de manière frappante, comme le confirme l’édition spéciale du Baromètre AMF publiée en mars 2026.
Alors que les marchés financiers cherchent à élargir leur base d’investisseurs et que les entreprises cotées ont besoin de liquidité et de soutien actionnarial diversifié, la sous-représentation des femmes constitue un enjeu majeur de compétitivité et d’inclusion.
Les chiffres sont sans appel. En 2025, les femmes ne représentent que 38 % des investisseurs en bourse, 36 % en financement participatif et seulement 26 % en crypto-actifs. Globalement, 24 % des femmes déclarent investir dans ces produits contre 45 % des hommes. Cet écart s’explique en partie par des situations financières différenciées – revenus et patrimoine moyen inférieurs – mais aussi par des facteurs comportementaux et culturels profonds : 51 % des femmes refusent toute prise de risque (contre 31 % des hommes), 50 % ne s’informent pas sur la Bourse (contre 27 %), et seulement 28 % se déclarent compétentes en matière d’épargne et placements (contre 51 % des hommes).
Pourtant, des signaux encourageants émergent. Depuis 2023, la part des femmes investissant progresse légèrement. Les jeunes femmes de catégories socio-professionnelles supérieures (CSP+) de moins de 35 ans montrent une appétence bien supérieure aux autres : 48 % d’entre elles investissent et 61 % acceptent un peu de risque. Surtout, l’autonomie progresse fortement : 46 % des femmes déclarent désormais choisir seules leurs placements, un niveau équivalent à celui des hommes.
Un plan ambitieux
Le plan AMF 2026-2028 s’inscrit dans la continuité des actions menées depuis 2023 mais marque une accélération avec une approche ciblée. Il prévoit notamment une campagne spécifique « femmes et investissement » en octobre 2026, une nouvelle étude qualitative approfondie en septembre 2026 pour identifier freins et leviers, et la création d’un espace dédié sur le site de l’AMF.
L'ambition est de démythifier l'investissement dès le plus jeune âge, via des partenariats renforcés avec l'Éducation nationale, mais aussi de proposer des outils digitaux adaptés. Il s'agit de s'assurer que les canaux de communication financière ne sont pas, par défaut, calibrés uniquement sur des codes masculins (culture de la performance immédiate, jargon technique, prise de risque agressive).
Dans ce contexte, l’arrivée d’une base élargie d’investisseuses pourrait constituer un puissant accélérateur. Les femmes qui investissent déjà affichent une sensibilité plus marquée pour l'investissement à impact et les critères extra-financiers, des comportements souvent plus stables et orientés long terme, qualités particulièrement recherchées par les sociétés cotées.
Leur intervention plus massive sur le marché pourrait aussi contribuer à réduire la volatilité excessive observée sur les petites et moyennes capitalisations et à renforcer la liquidité secondaire.
Des leviers concrets à activer
Pour que ce plan porte ses fruits, plusieurs chantiers doivent avancer de concert :
Éducation et confiance : au-delà de la communication institutionnelle, il faudra multiplier les initiatives pédagogiques concrètes (webinaires, simulateurs, programmes de mentorat) adaptés aux réalités et aux préoccupations des femmes.
Accessibilité des produits : simplification des démarches, mise en avant des enveloppes fiscales attractives (PEA, PEA-PME) et développement d’offres thématiques ou à impact qui rencontrent souvent une sensibilité féminine plus marquée.
Représentation et rôle modèles : valoriser les parcours de femmes dirigeantes ou investisseuses influentes pour combattre les stéréotypes persistants.
Adaptation des émetteurs : les entreprises cotées et candidates à l’IPO ont tout intérêt à soigner leur communication extra-financière et leur gouvernance pour séduire cette nouvelle clientèle. Une meilleure mixité dans les organes de direction pourrait également constituer un signal fort.
Les sociétés cotées qui intègreront pleinement ces enjeux d’inclusion et de diversification de leur base actionnariale créeront un cercle vertueux : meilleure visibilité, relation investisseurs plus stable et accès facilité à de nouvelles sources de capitaux.
En mobilisant pleinement le potentiel d’épargne et d’investissement des femmes, la France et l’Europe peuvent renforcer significativement le financement de l’innovation et des PME/ETI, piliers de la souveraineté économique et technologique.
EuroLand Corporate, premier Listing Sponsor du marché Euronext Growth Paris, accompagne plus de 60 sociétés cotées, dont 39 en qualité de Listing Sponsor, dans leur stratégie de structuration et d’optimisation de leur communication financière.
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