Les marchés : Le calme avant la tempête ?
Début de semaine sans véritable tendance pour le CAC 40 qui s’est cherché toute la journée, terminant en repli de 0,26% à 8 022 points. L’ambiance sur les marchés reste prudente, et c’est peu dire, puisque les investisseurs ont les yeux rivés sur la date du 2 avril, point de départ possible d’une nouvelle escalade commerciale. Les États-Unis envisagent en effet d’imposer des droits de douane réciproques sur les importations du monde entier. Le ton est donné, “Il y aura de la flexibilité, mais en principe, c’est réciproque", disait Trump en fin de semaine.
Le VIX, thermomètre de la peur (voir lexique), s’est apaisé ce lundi. Il est retombé à 18,4 après avoir flirté avec les 30 points la semaine passée. La nervosité laisse place à une forme de soulagement, avec l’espoir que les chiffres économiques prévus dans la semaine permettent aux marchés américains de prolonger le rebond. Ce lundi, les investisseurs ont passé au crible les PMI, ces baromètres de l’activité privée. En Europe, le PMI français envoie un signal timide mais encourageant, 47 en mars contre 45,1 en février. Toujours sous les 50, seuil séparant contraction et croissance. Aux États-Unis, la croissance dans le secteur privé s’accélère mais derrière ce chiffre flatteur, une réalité plus contrastée car l’industrie ralentit.
Les marchés, comme souvent, préfèrent voir le verre à moitié plein. Les indices américains évoluent en forte hausse, +1,7% pour le S&P 500, +2,1% pour le Nasdaq. Les investisseurs espèrent désormais que la batterie de statistiques américaines de la semaine confirmera le dynamisme de la consommation. La Fed, elle, reste en embuscade, persuadée que l’effet inflationniste des droits de douane sera passager. Les marchés espèrent surtout que cette inflation-là restera... hypothétique.
Les valeurs : Thales, SAP et DBV Technologies
Thales
Nous vous en parlions sur WhatsApp, Thales continue de grimper, en gain de 1,96% au fixing, à 244,70€. C’est l’un des plus beaux parcours de la Bourse de Paris cette année. L’action, dopée par la hausse des budgets militaires européens, s’envole de 78% depuis le 1er janvier. Et selon UBS, ce n’est pas fini. La banque suisse vient de passer à l’achat sur le titre, avec un objectif de 330 euros, soit un potentiel de hausse de 35%. Le "supercycle" de la défense change la donne. Mais si la Bourse s’emballe, la direction du groupe reste prudente. Patrice Caine, PDG de Thales, attend que les récentes annonces politiques de hausse des budgets militaires se traduisent en commandes concrètes.
UBS, de son côté, pense que le marché sous-estime encore la dynamique du champion français. La banque prévoit une croissance annuelle de 12,6% de sa division défense d’ici 2030, bien au-dessus des 6%-7% annoncés par Thales en novembre dernier. Le groupe bénéficie d’un positionnement en or sur les systèmes électroniques et les communications intégrées, des segments qui devraient croître de 10% par an. Seul bémol : ses activités civiles, notamment dans le spatial, où la rentabilité reste incertaine. Mais selon UBS, le marché a déjà intégré ces difficultés.
SAP
SAP coiffe Novo Nordisk au poteau… pour quelques heures ! C’est un événement symbolique, mais révélateur des tendances de marché. Ce lundi, l’allemand SAP a brièvement ravi au danois Novo Nordisk le titre de plus grande capitalisation boursière européenne. L’éditeur de logiciels professionnels a atteint 314 milliards d’euros, dépassant d’un souffle le géant pharmaceutique. Mais à midi, le rapport de force s’était déjà inversé, Novo Nordisk reprenait la tête avec 311 milliards d’euros, juste devant SAP (310 milliards). LVMH complète le podium avec 301,3 milliards d’euros.
Derrière ce jeu de chaises musicales, deux trajectoires opposées. SAP surfe sur l’essor de l’intelligence artificielle et du cloud. +8% depuis janvier, +42% sur un an. Le groupe enchaîne les bonnes nouvelles dont des résultats supérieurs aux attentes, des perspectives relevées et un modèle d’abonnement plus rentable… À l’inverse, Novo Nordisk décroche. -18% depuis janvier, -42% sur un an. Après l’euphorie des médicaments anti-obésité, les déceptions s’enchaînent. Résultats d’essais cliniques en dessous des attentes, ralentissement des ventes de son produit phare (Ozempic)… De quoi faire douter les marchés sur la taille réelle de ce nouvel eldorado anti-obésité. Le message du marché ? La tech, et en particulier l’IA, continuent de capter l’attention (et les capitaux). La pharma, elle, redescend de son nuage.
DBV Technologies
Grosse turbulence pour DBV Technologies, qui dévisse de 8,59% à 0,83€, victime d’une alerte sérieuse sur sa situation financière. Le spécialiste des traitements contre les allergies alimentaires a prévenu qu’il n'avait plus que quelques semaines de trésorerie. Sans nouveau financement, la biotech éligible au PEA-PME pourrait être contrainte de réduire, voire d’arrêter une partie de ses activités dès avril. Résultat, l’action décroche, plombée par la crainte d’une dilution ou d’un arrêt de ses projets.
Et pourtant, tout n’est pas noir. Sur le plan réglementaire, l’accord obtenu avec la FDA pour son patch anti-arachide permet de gagner un an sur une potentielle commercialisation aux États-Unis. Une bonne nouvelle mais insuffisante pour calmer les investisseurs, inquiets du timing et des besoins en cash. DBV joue sa survie financière en ce moment, avec un titre toujours en baisse de 99% depuis ses sommets de 2017 (-37% sur un an).
L'agenda du lundi: Le PCE Core
La semaine sera rythmée par une salve de données économiques. Les investisseurs devraient en particulier suivre les commandes américaines de biens durables mercredi, une révision de la croissance américaine jeudi, et plusieurs indices d’inflation vendredi. En matinée, l’Insee publiera une première estimation du résultat français pour le mois de mars. Mais c’est le PCE Core américain qui attirera toute l’attention dans le courant de l’après-midi. Il s’agit de l’indicateur préféré de la Fed pour évaluer l’inflation et ajuster sa politique monétaire. On en reparlera d’ici là, ce sera le principal temps fort économique de cette semaine.
Demain à la Une : Les niveaux à suivre
Au programme de ce mardi, deux actus économiques plutôt secondaires, avant les publications fortes du reste de la semaine. On attend surtout l’indice allemand IFO du climat des affaires qui devrait légèrement rebondir selon le consensus de marché, et un nouvel indice de confiance des consommateurs américains. Sur le CAC 40, les acheteurs vont à nouveau viser dans les prochaines heures et séances les 8 100 et 8 165 points. Les vendeurs cibleront à nouveau les 8 000 et 7 925 points.
Le lexique : LE VIX
Le VIX (Volatility Index) est un indice mesurant la volatilité implicite du S&P 500 sur 30 jours. Surnommé "l’indice de la peur", il reflète l’incertitude des investisseurs. Un VIX élevé indique une forte anticipation de fluctuations du marché, tandis qu’un VIX bas suggère une relative stabilité.