Comme redouté par STMicroelectronics, l’année 2012 se termine dans le rouge. Le fabricant européen de semi-conducteurs accuse une perte de 1,16 milliard de dollars, contre un bénéfice de 650 millions de dollars un an plus tôt. Le chiffre d'affaires a chuté de 1,3%, à 2,16 milliards de dollars, conformément à la fourchette de 2,06 à 2,21 milliards de dollars annoncée par le groupe en octobre.
Rien que sur le quatrième trimestre, le groupe a creusé son déficit à 428 millions de dollars en raison d’une lourde dépréciation de 588 millions de dollars relative à la décision de la société de se désengager de la co-entreprise ST-Ericsson. La joint-venture a en effet donné du fil à retordre à STMicroelectronics. Depuis quelques années, ST-Ericsson enchaine les pertes, souffrant déboires de Nokia, son principal client… Sur l’année écoulée, ST-Ericsson a en effet essuyé quelque 732 millions de dollars de pertes pour un chiffre d'affaires de 1,65 milliard de dollars. En avril dernier, ST-Ericsson avait annoncé un plan de restructuration prévoyant notamment la réintégration de l'activité processeurs d'application au sein du groupe STMicroelectronics. Carlo Bozotti, le patron du groupe, a chiffré cette sortie entre 300 et 500 millions de dollars cette année. Elle devrait être finalisée au troisième trimestre et ce, après une période de transition.
Le groupe franco-italien, va donc ouvrir une nouvelle page de son histoire. Il entend ainsi adopter une nouvelle stratégie qui va se reposer sur les segments de produits Sense & Power et pour l’automobile et les solutions de traitement embarquées (Embedded Processing Solutions). Pour le premier segment, STMicroelectronics va capitaliser sur sa position de « leader » dans le secteur Sense & Power, qui comprend les MEMS et les capteurs, les produits analogiques avancés et les circuits de puissance discrets ; ainsi que dans les produits pour applications automobiles, de la transmission à la sécurité, et de l’habitacle à l’info-divertissement. Ce nouveau modèle devrait selon STMicroelectronics lui donner les moyens de devenir profitable, tout particulièrement sur le segment Solutions de traitement embarquées. Sur ce pôle, le groupe va se focaliser sur la technologie et les produits, à l’extension de la clientèle et aux synergies de fabrication entre les microcontrôleurs et les produits numériques. Ainsi, STMicroelectronics vise une marge d’exploitation de 10% ou plus. Pour atteindre cet ambitieux objectif, la société compte réduire ses dépenses d’exploitation nettes à une moyenne trimestrielle comprise entre 600 et 650 millions de dollars d’ici au début de l’année 2014.
A court terme, STMicroelectronics attend en 2013 une amélioration des conditions sur le marché des semi-conducteurs tirée par un environnement économique plus favorable. « Même aujourd'hui, les premiers signes d'une reprise modérée sont perceptibles. » ajoute Carlo Bozotti. Au premier trimestre, STMicroelectronics anticipe malgré tout un chiffre d'affaires en baisse de 7% par rapport au quatrième trimestre, à environ 2,01 milliards de dollars, soit moins que le consensus de place qui prévoyait des ventes de 2,05 milliards de dollars en moyenne pour la période.
Ce désengagement sonne comme un soulagement pour les actionnaires, mais le métier dans lequel est présent STMicroelectronics est particulièrement cyclique. Le groupe doit jouer des coudes avec les fabricants asiatiques, toujours plus concurrentiels alors que sa co-entreprise avec Ericsson a complètement capoté. Alors, depuis plusieurs exercices, le groupe enchaine malheureusement (pour les petits porteurs) des « profits warnings », ce qui n’a pas manqué de précipiter la chute d'STMicroelectronics. Par ailleurs, les fondamentaux du groupe restent encore bien dégradés comme on peut le voir pour l’année écoulée… Le retour aux bénéfices pour les exercices à venir ne sera pas en effet pour tout de suite avec les grosses incertitudes qui planent sur l'ensemble du secteur. Ecart