L’inquiétude des milieux industriels français face à l'appréciation de l'euro commence à trouver un écho auprès de la sphère politique. Car il ne faut pas se voiler la face, nous sommes dans une guerre des changes qui sera sans pitié. Et dans cette guerre de changes, la victime, c’est la devise européenne.
Alors que la Banque Nationale Suisse, le Banque du Japon et dans une moindre mesure, la Fed, agissent pour déprécier leur monnaie, et rebooster les exportations, la BCE n’en a cure. Son objectif, c’est de lutter contre l’inflation. Ni plus ni moins.
Indépendante politiquement, la BCE n’en n’est pas moins sous l’influence idéologique de la Bundesbank. L’orthodoxe banque centrale allemande, traumatisée par l’hyperinflation des années 30, privilégie historiquement une monnaie forte pour maintenir une inflation au plancher
Sauf que l’inconvénient d’une monnaie forte, c’est qu’elle nuit à la compétitivité-prix des biens produits en zone euro qui sont vendus à l’étranger.
Si l’Allemagne continuera d’exporter aux quatre coins du monde malgré un taux de change à 1,60$, c’est parce que ses clients achètent leurs produits pour leur qualité, leur innovation ou et non pour leur prix bon marché.
L’Allemagne, la locomotive de la zone euro, peut donc s’accommoder d’une monnaie forte, quel que soit le taux de change. Mais ce n’est pas le cas de la France, ni de l’Espagne ou de l’Italie. Or l’euro s’est envolé de 23% sur un mois face yen, et de 3,6% face au dollar. De quoi pénaliser lourdement les industriels qui produisent en zone euro.
Face à l’angoisse du milieu industriel, François Hollande qui s’exprimait devant le parlement européen a estimé que l'euro "ne peut fluctuer selon les humeurs du marché" et qu'il fallait "réfléchir à la place de notre monnaie dans le monde". "Il ne s'agit pas d'assigner de l'extérieur un objectif à la BCE qui est indépendante, mais d'engager l'indispensable réforme du système monétaire international, car sinon nous demandons à des pays de faire des efforts de compétitivité qui sont annihilés par la valorisation de l'euro", a souligné le chef de l'Etat.
Et de reconnaitre devant un parterre de députés que le monde se livre bel et bien à une guerre des changes: "Certains pays comme les Etats-Unis ou comme la Chine utilisent aussi leur taux de change à des fins de soutien de leur propre croissance, donc nous devons agir au niveau international pour que nous puissions faire valoir nos propres intérêts", a expliqué le chef de l'Etat.