Le ministère du Budget espagnol vient de réviser à la hausse son estimation du déficit public pour l'année 2011. Déjà, l’annonce fin décembre 2011 d’un déficit public de 8,5% (contre un objectif de 6% auparavant) avait fait l’effet d’une bombe qui avait ébranlé la confiance des marchés.
Et cette fois-ci encore, le gouvernement a du revoir à la hausse le niveau du déficit à fin décembre 2011, qui s’est inscrit à 8,9% du produit intérieur brut (PIB), contre 8,5% jusqu’à présent.
Une contre performance en matière d’assainissement budgétaire qui s’ajoute à la récession, rendant encore plus difficile le respect des objectifs financiers.
L'Union européenne estime d’ailleurs que l'Espagne devrait largement manquer ses objectifs de déficit pour 2012 et 2013.
Dans ses prévisions économiques de printemps publiées il y a déjà quelques semaines, la Commission européenne prévoyait que l'Espagne affichera un déficit public représentant 6,4% du produit intérieur brut (PIB) en 2012 et 6,3% du PIB en 2013. Mais ses projections sont calculées à partir du déficit de 8,5% annoncé fin 2011 par l'Espagne, déficit qui a été depuis révisé à la hausse.
Pour mémoire, l'Espagne s'était engagée auprès de la Commission à réduire son déficit à 5,3% du PIB en 2012 et à 3% - la limite fixée dans l'Union européenne - en 2013. Pour ce faire, le gouvernement central s'est engagé à procéder à des coupes budgétaires de l'ordre de 27 milliards d'euros cette année tandis que les régions devraient présenter des mesures représentant 15 milliards d'euros supplémentaires. Mais les réductions des dépenses et les augmentations d'impôts mises en œuvre en Espagne pèsent avant tout sur l'économie du pays, déjà mise à mal par les conséquences de l'éclatement de la bulle immobilière.
De fait, ces objectifs paraissent de plus en plus trop exigeants pour une économie en récession. Le ministre espagnol de l'Economie Luis de Guindos a d’ailleurs confirmé que le PIB du pays reculerait encore au deuxième trimestre, d'une ampleur "similaire" au premier, où il avait baissé de 0,3%, ce qui marquait alors le retour de l'Espagne en récession.
"Le deuxième trimestre aura un comportement assez similaire à celui du premier trimestre", a déclaré le ministre, qui table sur un recul du PIB de 1,7% sur l'ensemble de l'année.
La Commission table de son coté sur une contraction de 1,8% du PIB espagnol en 2012 et sur un repli de 0,3% en 2013. Elle estime en outre que le taux de chômage dans le pays pourrait atteindre 24,4% cette année et 25,1% l'année prochaine.
En définitive, l’Espagne peine de plus en plus à convaincre les marchés quant à sa capacité à résorber ses déficits alors que la croissance manque cruellement. Les taux longs à 10 ans restent confortablement installés au dessus de seuil psychologique des 6%, à 6,23% précisément. Parallèlement, le CDS, qui est une assurance contre le défaut de payement a franchi un nouveau record à 560 points, soit 8 points au dessus de son niveau de clôture de vendredi dernier. A titre de comparaison, le CDS allemand grimpait de 1 points à 100 points, le CDs Italien progresse de 11 points de base, à 521 tandis que le CDS français augmentait de 5 points de base pour s’établir à 224 points.
A en croire l’évolution des CDS, si la pression s’intensifie sur l’ensemble de la zone euro, c’est surtout l’Espagne qui cristallise les inquiétudes, perçue par les marchés comme le maillon faible de l’union monétaire.