
Par Victor Lamarre, analyste chez EuroLand Corporate

Melexis est encore largement perçu comme un proxy du cycle automobile. Le spécialiste belge des capteurs et circuits intégrés analogiques présente pourtant un profil technologique plus riche, avec une exposition croissante à l’électrification et à la robotique.
Sur les douze derniers mois, le groupe a généré environ 843 M€ de chiffre d’affaires, 111 M€ de résultat net et près de 170 M€ de free cash-flow, pour une capitalisation d’environ 3,2 Md€.
Melexis fonctionne selon un modèle fabless : le groupe conçoit ses puces, développe les logiciels et conserve la propriété intellectuelle, mais confie leur fabrication à des fondeurs comme X-FAB. Les deux sociétés ont par ailleurs un actionnariat familial commun, ce qui contribue à sécuriser les capacités de production.
Un rebond automobile encore à venir
Après un chiffre d’affaires en baisse de -10 % en 2025, à 840 M€, Melexis reste pénalisé par le déstockage des équipementiers et le ralentissement de la production automobile. Le premier trimestre 2026 a néanmoins montré une stabilisation, avec une marge EBIT encore solide de 16,4 %.
Le groupe bénéficie d’une forte visibilité une fois ses composants sélectionnés. Ses capteurs sont intégrés dès la conception des véhicules et restent généralement en production pendant plusieurs années, les coûts de changement de fournisseur étant élevés. Melexis est ainsi présent sur les plateformes des principaux constructeurs mondiaux, notamment Tesla et BYD.
Le rebond devrait être soutenu par la normalisation des stocks automobiles et à plus long terme par l’augmentation du contenu en semi-conducteurs par véhicule. L’électrification et la conduite autonome multipliant les besoins en capteurs de position, de courant et de température, ainsi qu’en drivers de moteurs.
Le potentiel de levier opérationnel est important. Une part significative des dépenses de R&D et d’ingénierie étant fixe, la reprise des volumes devrait entraîner une remontée rapide des marges. En 2024, Melexis avait ainsi généré près de 220 M€ d’EBIT sur un chiffre d’affaires de 933 M€, contre 134 M€ en 2025.
La robotique comme option de croissance
Au-delà de l’automobile, Melexis commence à transposer ses technologies à la robotique. Un robot humanoïde comporte plusieurs dizaines d’articulations, nécessitant chacune des capteurs de position et de courant. Les mains robotiques intègrent également des capteurs tactiles capables de mesurer les forces exercées sur les objets.
Ces applications correspondent directement au savoir-faire du groupe. Sa technologie Triaxis, déjà déployée dans plus d’un milliard de capteurs, permet de mesurer précisément un champ magnétique sur plusieurs axes. Melexis la décline désormais dans les capteurs tactiles avec Tactaxis et dans les encodeurs d’articulation avec Arcminaxis.
Le partenariat annoncé avec OYMotion en avril 2026 constitue une première validation commerciale. Le fabricant de mains robotiques a sélectionné Tactaxis pour développer des modules tactiles destinés aux doigts de ses prochaines générations de robots.
Une optionalité encore peu valorisée
À environ 3,4x le chiffre d’affaires 2026 et à 20x l’EBIT attendu, la valorisation intègre déjà une normalisation progressive du cycle automobile. Elle semble toutefois encore attribuer peu de valeur à la robotique, dont la contribution financière reste aujourd’hui limitée.
À titre illustratif, une part de marché de 1 % sur un marché de 10 millions de robots par an, avec 500 dollars de contenu Melexis par robot, représenterait environ 50 M$ de chiffre d’affaires additionnel. Selon les hypothèses de marge et de valorisation retenues, cette activité pourrait représenter près de 300 M$ de valeur, soit environ 10 % de la capitalisation actuelle.
La thèse repose donc sur trois piliers : un rebond attendu du marché automobile, un fort levier opérationnel en cas de reprise des volumes et une option de long terme sur la robotique encore peu reflétée dans les multiples.
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