Mercredi 30 novembre

Le corporate PPA, un jeu à somme positive

Par Pierre Laurent, Analyste financier chez EuroLand Corporate

Voltalia et Renault, Engie et Google, Endesa et Saint-Gobain… Ces derniers mois, les contrats d’achat direct d’électricité entre producteurs et consommateurs (industries, entreprises privées, collectivités), appelés aussi « corporate PPA » ou « cPPA », se multiplient en Europe. Dans un contexte à la fois porté par le développement des énergies renouvelables, mais aussi par une très forte volatilité des prix, le cPPA apparaît comme un instrument de plus en plus indispensable aux différents acteurs du marché.

 

De quoi parle-t-on ?

Le cPPA (Power Purchase Agreement) est un contrat librement négocié de livraison d’électricité entre un producteur et un acheteur, appelé aussi offtaker. Ce contrat favorise l’achat et la fourniture d’énergie à un prix prédéfini et stable, sur une durée allant du moyen (en général 5 ans) au long terme (20 ans). La plupart des accords signés sont dits verts, car l’énergie produite est très souvent d’origine renouvelable.

 

S’il n’existe pas de contrat standard cPPA, ces derniers offrant beaucoup de flexibilité, on distingue habituellement trois catégories de corporate PPA :

• Les contrats dits « on site », où le producteur assure la conception, l’installation et l’exploitation de l’équipement de production d’énergie renouvelable (panneau solaire, par exemple) sur le site de l’offtaker. L’électricité est donc livrée de façon physique et directe puisqu’elle est produite et consommée sur place, ce qui peut engendrer certains frais en moins (redevance d’utilisation du réseau public, par exemple). Ces contrats s’apparentent à de l’autoconsommation assistée.

• Les contrats dits « off site », où le producteur fournit l’approvisionnement en électricité à son client avec ses propres installations, souvent dotées d’une plus grande capacité et/ou plus efficientes que les installations sur site. Ici, il n’y a pas de livraison physique directe entre l’installation et le consommateur : l’électricité passe par le réseau public.

• Les contrats dits « synthétiques » ou financiers, où les flux financiers et les flux physiques sont séparés, et où le producteur et le consommateur ne sont pas connectés directement.


L’état du marché

Originaire des Etats-Unis, où les premiers cPPA ont vu le jour avec la création de l’ONG RE100 en 2014 (qui visait alors à réunir les plus grandes multinationales de la planète en les engageant à s’approvisionner à 100% en EnR d’ici 2050), ces contrats ont depuis largement trouvé leur place sur le marché européen et français. Depuis 2016, selon l’agence Wood Mackenzie, c’est près de 5 GW de capacité cumulée qui ont été installés en France, répartis entre l’éolien (terrestre et offshore) et le solaire.

 

Si l’année 2022 a connu une croissance un peu poussive, notamment du fait de la hausse des coûts, des désorganisations des chaînes d’approvisionnement dues au contexte géopolitique et des prix spot qui poussent les producteurs à arbitrer conjoncturellement en faveur d’une vente directe sur le marché de gros (la bourse de l’électricité), la tendance de fonds reste excellente. Elle est notamment portée par l’action des politiques publiques en faveur de la transition écologique et, à l’échelle européenne, par un cadre réglementaire fortement incitatif et des objectifs chiffrés (cible de 40% d’énergies renouvelables dans la consommation d’énergie finale d’ici 2030). Dernier point à noter, la fourchette de taille des cPPA est de plus en plus large : si les premiers contrats signés ont rarement dépassé les 10 MW de capacité, les derniers en date illustrent le passage à une autre échelle : 146 MW pour Reden et SNCF, 350 MW pour Voltalia et Renault, ou encore 900 MW pour l’accord entre Engie et Google il y a quelques semaines.


Une formule gagnant-gagnant

Les corporate PPA disposent de nombreux avantages, à la fois pour les développeurs et les acheteurs.

 

En ce qui concerne les développeurs, dont certains sont cotés en bourse, y compris des acteurs small et mid caps, on peut notamment citer :

• Un coût du capital plus faible grâce à la garantie d’achat fournie par l’acheteur

• Une diversification des revenus, essentielle dans un marché très régulé mais aussi très volatil

• Un risque de défaut de paiement atténué

• Une meilleure sécurisation de prêts, et in fine de dépenses de CAPEX, auprès des banques

• Une plus grande visibilité sur leur top line, et donc sur leur capacité à gérer le leverage des projets

• Une meilleure valorisation des actifs « brownfield », en sortie d’obligation d’achat


Côté offtaker, les avantages sont aussi multiples :

• Une maitrise plus importante des charges opérationnelles liées à l’approvisionnement électrique

• Une protection contre les fluctuations des prix de marché pouvant faire peser un risque opérationnel, notamment sur une longue période

• Une occasion de réduire drastiquement les émissions de gaz à effet de serre et d’améliorer en conséquence le profil ESG

• Une implication indirecte dans la transition écologique

• Une plus grande mutualisation des risques liés à l’approvisionnement énergétique

 

A partir de 2023, le gouvernement français a par ailleurs prévu de mettre en place un fonds de garantie publique (doté de plus de 60 M€) via BPI France. Ce fonds, qui couvrira les contrats en cas de défaut, devrait encore davantage dynamiser le marché.

 

Ces dernières années, le déploiement d’une feuille de route en matière de politique énergétique au niveau européen et français a permis aux corporate PPA d’émerger, en parallèle et parfois en relais des aides publiques directes aux énergies renouvelables. Dans un contexte inflationniste et incertain, ils sont aujourd’hui une arme essentielle dans l’arsenal des sociétés cotées, car ils permettent de lisser les variations d’une partie de leurs charges opérationnelles. Pour les énergéticiens, ces cPPA constituent un relais de croissance et de diversification évident, sur lequel ils devraient encore davantage capitaliser à l’avenir.

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