Les marchés : Liberation Day
Le CAC 40 trébuche de 0,63% ce soir à 8 043 points, sous la menace des tarifs douaniers. La Bourse de Paris prolonge sa glissade de la veille (-0,95%) mais sur la semaine, elle sauve les meubles, avec un léger gain de 0,18%. En toile de fond, une double inquiétude : la Réserve fédérale américaine, qui n'a pas franchement rassuré les marchés mercredi, et surtout, la perspective du 2 avril, date à laquelle Washington appliquera des tarifs douaniers réciproques à l’échelle mondiale.
Donald Trump a même rebaptisé cette échéance "Liberation Day". Mais pour les investisseurs, c’est plutôt "Anxiety Day". Les craintes d’une impasse commerciale et d’un ralentissement économique refont surface, plombant la quasi-totalité des valeurs du CAC. Teleperformance affiche la pire performance (-2,3%), tandis que, hors indice, Beneteau s’effondre de 12% après des perspectives 2025 jugées décevantes. Un marché fébrile, une volatilité qui refait surface… Le printemps boursier s’annonce plus agité que prévu.
Les valeurs : Dassault Aviation, Beneteau et Vetoquinol
Dassault Aviation
Le titre Dassault Aviation grappille 0,20% à 307€, après avoir gagné plus de 55% depuis le 1er janvier. Et pour cause, le fabricant du Rafale rejoint le CAC Next 20 lundi, soit l’antichambre du CAC 40. Le marché salue ce signal fort, reflet d’un appétit grandissant pour les valeurs de défense. Avec une capitalisation de 24 milliards d’euros, le groupe pourrait bientôt viser plus haut, même si son flottant (voir lexique) limité reste un frein. Le secteur est bien sûr porté par la hausse des budgets militaires en Europe, et Morgan Stanley anticipe une nouvelle vague de commandes à partir de 2026. Après Thales, déjà dans le CAC, Dassault Aviation accélère sa montée en puissance. À suivre de près !
Beneteau
Le numéro un mondial des bateaux de plaisance chute de 11,66% à 8,94€, plombé par des prévisions décevantes pour 2025, avec un recul attendu de 5 à 10% de ses ventes. Le marché sanctionne un nouvel avertissement, malgré un dividende exceptionnel généreux, issu de la cession de sa division Habitat. En 2024, Beneteau a encaissé une chute de 63% de sa rentabilité, malgré un résultat légèrement au-dessus des attentes. Mais c’est la suite qui inquiète.
La direction évoque une première moitié d’année difficile, avec un déstockage massif chez les distributeurs et aucune prévision de marge. Les investisseurs attendaient mieux, d’autant que le marché de la plaisance reste en eaux troubles. Le pari de la relance est lancé avec 20 nouveaux modèles et un redressement à partir du second semestre. Mais le cap 2025 s’annonce houleux. Nos analystes avaient clôturé une opération de court terme baissière en gain de près de 9%* début mars sur le titre, suite à des signaux techniques montrant une surchauffe après une hausse exagérée. Sur un an le titre cède près de 33%.
Vetoquinol
Le spécialiste de la santé animale éligible au PEA-PME s’envole de 15,05% à 85,60€, après avoir rassuré le marché avec des résultats solides, portés par la montée en puissance de ses produits "essentiels" sur les besoins courants, désormais au cœur de sa stratégie. Le laboratoire vétérinaire a surpris avec une marge brute en hausse à 72% et un résultat net de 59 millions d’euros, supérieur aux attentes.
Sa solide trésorerie de 185 millions lui offre de belles perspectives pour de futures acquisitions. Les bureaux d’analyse Oddo BHF et TP ICAP saluent une gestion exemplaire et les résultats délivrés. Vétoquinol n’a pas donné d’objectifs chiffrés pour 2025, mais vise une croissance durable. Le marché pousse un ouf de soulagement et le titre gagne à présent 8% depuis le début de l’année.
Le résultat du vendredi : Vers un rebond de L'Oréal ?
-2,18%. C’est la baisse de l’action L’Oréal ce vendredi, parmi les plus fortes du CAC. Le spécialiste des cosmétiques revient à 3% de gain seulement en 2025, et creuse ses pertes à 19% sur un an. Pour ses actionnaires, il y a toutefois de l’espoir. Après une année 2024 marquée par des performances en demi-teinte et un scepticisme grandissant des investisseurs, Royal Bank of Canada (RBC) revoit sa copie.
La banque canadienne relève en effet sa recommandation sur L’Oréal à "surperformance" et fixe un nouvel objectif de cours à 420 euros, contre 390€ précédemment, soit un potentiel de hausse de près de 20%. Si le groupe a souffert ces derniers mois d’une dynamique ralentie, notamment en Chine et aux États-Unis, RBC estime que ces difficultés ne sont que passagères.
Mieux, la banque voit dans le plan "stimulus beauté" de L’Oréal (avec un retour en force de l’innovation et des lancements produits ambitieux) un levier puissant pour relancer la machine. Avec sa position de leader dans plusieurs segments clés, une présence renforcée sur le e-commerce et des mégatendances favorables (urbanisation, vieillissement de la population, classe moyenne émergente), L’Oréal a de solides arguments pour retrouver une croissance annuelle de 6% à moyen terme. Pour RBC, l'opportunité est là, et le marché pourrait bien finir par la saisir.
Le lexique : Le flottant
Le flottant d’une entreprise désigne la part de ses actions librement échangeables en Bourse, c’est-à-dire celles qui ne sont ni détenues par des actionnaires de contrôle, ni soumises à des restrictions de cession. Il représente la liquidité réelle du titre sur le marché et influence sa volatilité ainsi que son attractivité pour les investisseurs.