Lundi 01 juin

Le détroit d’Ormuz fait trembler les marchés dès que la tension monte au Moyen-Orient.
Mais pour la Chine, un autre passage maritime représente un risque encore plus vital : le détroit de Malacca.
Situé entre l’océan Indien et l’océan Pacifique, ce couloir borde Singapour.
Plus de 20% du commerce maritime y transite.
En cas de blocage, ce ne serait pas seulement une crise régionale mais un véritable choc mondial.

Par Dorian Abadie
Responsable Bourse
Meilleurtaux Placement

AU COEUR DU COMMERCE MONDIAL

Malacca est ce que les stratèges appellent un “choke point”, un point de passage obligé.
Le détroit s’étend sur plus de 900 kilomètres, mais certains tronçons sont extrêmement étroits, notamment près de Singapour.
Chaque année, près de 100 000 navires l’empruntent pour transporter pétrole, gaz, marchandises, composants électroniques et matières premières.
Pour la Chine, 40% de tout son commerce de marchandises passe par le détroit de Malacca et surtout, les trois-quarts de son pétrole importé.
C’est donc une artère vitale de la mondialisation et si elle se bloque, comme à Ormuz, les navires devront contourner la zone. Avec une hausse des délais de livraison, des coûts et une économie mondiale qui devra encaisser ce nouveau choc.

DILEMME CHINOIS

Pékin a identifié cette faiblesse depuis longtemps.
Dès 2003, le président chinois Hu Jintao alerte sur la dépendance de la Chine à ce détroit.
Or, la Chine ne contrôle pas cette route, elle est surveillée par des puissances rivales ou concurrentes, à commencer par les États-Unis, mais aussi l’Inde, le Japon, l’Australie ou Singapour.
Pour Pékin, le problème est central, son énorme économie dépend d’un passage maritime étroit, vulnérable et hors de son contrôle.

ROUTES DE SECOURS

Depuis vingt ans, la Chine cherche donc à réduire cette dépendance.
Elle a développé les nouvelles routes de la soie, investi dans des corridors terrestres, renforcé sa marine et multiplié les partenariats énergétiques.
Le gaz venu d’Asie centrale, via le Turkménistan, l’Ouzbékistan et le Kazakhstan, permet déjà de contourner une partie des routes maritimes traditionnelles.
Le pétrole russe, acheminé directement vers le nord-est de la Chine, joue aussi un rôle de plus en plus important, surtout depuis la guerre en Ukraine.

LA TRANSITION ÉNERGÉTIQUE

La Chine ne se contente pas de diversifier ses routes. Elle cherche également à réduire sa dépendance au pétrole et au gaz importés.
C’est l’un des moteurs de son accélération spectaculaire dans les énergies renouvelables. Le pays installe massivement des capacités solaires, domine la production mondiale de batteries et contrôle une grande partie du raffinage de métaux stratégiques.
Derrière cette transition énergétique, il y a aussi une lecture géopolitique et la volonté de moins dépendre des hydrocarbures transportés par des détroits vulnérables.

L’ANGLE MORT DE PÉKIN

Mais la stratégie de Pékin ne règle pas tout.
Les panneaux solaires, les batteries, les composants électroniques, les métaux critiques et les matériaux industriels circulent eux aussi sur les grandes routes maritimes.
La Chine peut réduire sa dépendance à Malacca, mais elle ne peut pas l’effacer complètement.
Dans une économie mondialisée, les goulets d’étranglement restent clairement des points de fragilité majeurs. Et Malacca est l’un des plus sensibles de la planète.

ET LES MARCHÉS ?

Les détroits d’Ormuz et de Malacca rappellent que la mondialisation repose sur quelques passages étroits.
Tant que tout fonctionne, ils sont invisibles. Mais dès qu’un conflit éclate, ils focalisent toute l’attention.
Pour les investisseurs, c’est un sujet à surveiller de près. Un blocage de Malacca aurait des conséquences majeures sur l’énergie, le transport maritime, l’inflation, les chaînes industrielles et les relations entre les grandes puissances.
Bon. Ce n’est pas pour demain matin mais dans les années à venir, le risque géopolitique devrait de plus en plus se déplacer vers l’Asie, au cœur de la rivalité entre Pékin et Washington.

À PART ÇA ? QUOI DE NEUF ?

LE MOTEUR RALENTIT

Les géants américains de la tech ont longtemps soutenu leurs cours grâce aux rachats d’actions. En réduisant le nombre de titres en circulation, ils ont mécaniquement dopé la valeur de chaque action restante.
Depuis fin 2020, les cinq GAFAM ont consacré plus de 1 100 milliards de dollars à ces opérations. Avec l’explosion de l’IA, la demande pour les grandes valeurs technologiques s’est envolée.
Mais la possible arrivée en Bourse de SpaceX, OpenAI ou Anthropic pourrait changer l’équilibre. Ces nouvelles actions attireront une partie des capitaux aujourd’hui placés sur les grands noms de la tech, comme Microsoft, Alphabet ou Meta.
Dans le même temps, les investissements massifs dans l’IA pèsent sur la trésorerie des groupes et les rachats d’actions ralentissent déjà nettement.
C’est un nouveau sujet à surveiller pour les investisseurs car même si ce soutien boursier majeur n’a pas disparu, il devient de moins en moins puissant pour la Big Tech.

SELL IN MAY AND GO AWAY

C’est le proverbe boursier qui revient chaque printemps. En théorie, il faudrait vendre ses actions en mai et revenir sur les marchés en septembre.
Sur le long terme, la pratique semble simple et séduisante, avec un gain annuel de 9% sur l’Euro Stoxx 600, depuis 1987.
Mais dans les faits, cette stratégie fonctionne très mal la plupart du temps (deux années sur trois sont perdantes).
Les performances passées sont surtout tirées par quelques étés de crise, comme 1998, 2001 ou 2022.
Sur la dernière décennie, suivre ce dicton aurait coûté cher aux investisseurs avec 8 années de perte sur 10. Et une perte de 2,4% en 2026.
En Bourse, se fier aux proverbes, c’est souvent jouer à pile ou face…

75 MILLIARDS

SoftBank veut miser gros sur la France. Lors du sommet Choose France, le conglomérat japonais a annoncé un potentiel investissement de 75 milliards d’euros pour développer dans le pays des data centers dédiés à l’IA.
Les premiers sites verront le jour dans les Hauts-de-France, d’ici 2031.
Ces centres de données serviront à fournir la puissance de calcul indispensable aux grands modèles d’intelligence artificielle, comme ChatGPT, Claude ou Le Chat (Mistral).
Pour le patron de SoftBank, Masayoshi Son, le fait que la France soit productrice et exportatrice d’énergie a été un argument décisif.
SoftBank ne financera toutefois pas seul cette enveloppe géante : le groupe jouera surtout le rôle de coordinateur entre investisseurs, industriels et futurs clients. Affaire à suivre !

ATTENTION PÉPITE : BILENDI

Découvrez Bilendi, le leader européen de la Tech et des études de marché en pleine transformation. Dans cette interview exclusive, Marc Fiorentino reçoit Marc Bidou, PDG et fondateur de Bilendi.
Découvrez comment cette entreprise française a su se transformer pour devenir un acteur mondial incontournable, présent dans 44 pays.
>> Je découvre l'entretien

REVOIR C’EST VOTRE ARGENT

Une émission spéciale « le monde d’après la guerre ».
On s'est projeté. Après la guerre en Iran. Pour analyser comment vont évoluer l’économie, l’inflation, les taux d’intérêt et les marchés une fois le conflit achevé par un mauvais accord de paix ou une dernière offensive massive et un mauvais accord de paix.
Quels placements choisir pour « l’après » ?
Où va la Bourse ? Quelles actions acheter ou vendre ?
Avec nos Jedi de l’économie et de la finance réunis autour de Marc Fiorentino : Valentine Ainouz d’Amundi Institute, Stéphanie Maugey de la Financière d’Uzés, Sébastien Lalevée de Montpensier Arbevel et Jean-François Robin de Natixis CIB.
Pour voir le replay de l'émission : cliquez ici

DU CÔTÉ DES MARCHÉS

Les marchés européens débutent la semaine avec prudence, dans un climat toujours tendu au Moyen-Orient. Même si une prolongation de la trêve entre les États-Unis et l’Iran est évoquée, les investisseurs restent inquiets à cause de nouveaux incidents militaires dans la région. Les principales places européennes ouvrent en légère hausse : +0,15% à Paris, +0,10% à Berlin et un Euro Stoxx 50 en très léger gain.
Mai est derrière nous, c’est l’occasion de faire le bilan sur le deuxième mois consécutif de rebond de la Bourse, suite au déclenchement de la guerre en Iran. Les performances sont très variables d’un pays à l’autre : CAC 40 (+0,84%), Euro Stoxx 50 (+2,87%), S&P 500 (+5,15%), Nasdaq (+8,36%) et Nikkei (+11,88%). Séoul (+28,45%) signe de loin la meilleure performance mensuelle parmi les grands indices.

ON S'EN FOUT ?

Malgré un déficit sous haute pression, l’agence de notation S&P confirme la note A+ de la dette française ; Le PIB français recule de 0,1% au premier trimestre. L’économie entrera en récession en cas de nouveau repli ; Universal Music Group claque la porte à l’Américain Bill Ackman, jugeant son offre de rachat de 65 milliards de dollars insuffisante ; Les traitements anti-obésité Wegovy et Mounjaro seront remboursés à 65% à partir de mi-juin. C’est un tournant pour les patients… et une nouvelle facture pour la Sécu ; Le SMIC augmente de 2,4% aujourd’hui, soit environ 44€ brut de plus par mois ; La France arraisonne un nouveau pétrolier russe dans l’Atlantique ; En Colombie, la présidentielle se jouera au second tour entre la gauche au pouvoir et l’extrême droite ; Deuxième étoile pour le PSG, le début d’une longue série ? ; Les progrès de l’IA pour générer de la musique sont de plus en plus époustouflants, écoutez “Livin’ on Borrowed Time” de Breaking Rust.

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