
Voltalia : encore un warning
Par Pierre LAURENT, analyste chez Euroland Corporate
Dans le paysage tourmenté des énergies renouvelables cotées, Voltalia offre cette rentrée un cas d'école : celui d'un producteur dont la machine industrielle tourne à plein régime pendant que la mécanique financière se grippe.
Côté production, le tableau est plutôt flatteur. Le chiffre d'affaires semestriel atteint 331,3 M€, en progression de 32%, porté par l'ensemble des activités : ventes d'énergie en hausse de 22%, services Renvolt bondissant de 45%, Voltalia Hub progressant de 20% à changes constants.
Cette dynamique doit beaucoup à la montée en charge des nouvelles capacités en Afrique du Sud et en Ouzbékistan (deux géographies où le groupe déploie sa stratégie de croissance hors d'Europe) auxquelles s'ajoute, au Brésil, une compensation de 29 M€ liée à l'écrêtement, cette réduction forcée de la production renouvelable imposée par l'opérateur du réseau depuis 2024.
C'est d'ailleurs dans le pays que se joue le pari le plus prometteur du dossier. En juin, Voltalia a signé avec l'opérateur national ONS un contrat sécurisant 322 mégawatts de capacité de raccordement au complexe industriel et portuaire de Pecém, dans le Ceará, pour alimenter de futurs data centers. Le groupe, en discussions avancées avec plusieurs opérateurs de centres de données, prévoit d'y développer des projets renouvelables dédiés, principalement éoliens.
Reste le bas du compte de résultat, et là, le vent tourne. Malgré un EBITDA en hausse de 37% à 110,3 M€ et un objectif annuel confirmé entre 210 et 230 M€, la perte nette semestrielle s'est creusée à 43,3 M€ et le groupe anticipe désormais une perte sur l'ensemble de l'exercice, là où il visait initialement un résultat positif. L'objectif est également suspendu pour 2027.
En cause : des charges financières plus lourdes qu'attendu, des activités déficitaires et les coûts du plan de transformation SPRING, dont les cessions d'actifs prévues manquent encore de visibilité.
Le marché a tranché, et semble peu à peu capituler : le titre a plongé de -12% le 3 septembre, la chute atteignant même près de -19% en séance. Sur cinq ans, la société, dont la famille Mulliez est l'actionnaire majoritaire, a perdu 80% de sa valeur boursière. Alors que les acteurs européens des énergies renouvelables se font tous sortir un par un de la cote (Albioma, Encavis, OX2, Neoen...) Voltalia sera-t-elle la prochaine sur la liste ?
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