La crainte que la Réserve fédérale (Fed) mette un terme à son programme d'assouplissement quantitatif dans les mois qui viennent et la chute des rendements obligataires aux Etats-Unis pèsent sur les marchés de la dette souveraine en Europe. « La baisse est particulièrement marquée dans les Etats périphériques de la zone euro, où la faiblesse des volumes échangés amplifie le mouvement de vente » souligne un opérateur.
Le rendement de l'obligation portugaise à 10 ans bondit de 33 points de base, à 6,58%, quasiment au plus haut de l’année alors qu’il se négociait à 5,2% il y a trois semaines. Une remontée spectaculaire donc, que l’on constate sur l’ensemble des marchés obligataires. En Espagne et en Italie, deux économies perçues comme fragiles, les rendements obligataires bondissent de 14 et 15 points, à respectivement 4,71% et 4,43%.
Les Bunds allemands et l’OAT française, pourtant considérés comme des valeurs refuges, gagnent également du terrain. Le bund se négocie à 1,62% (+2 pdb) alors que le rendement à 10 ans français s’inscrit à 2,23% (+4 pdb). Parallèlement, le rendement des bons du Trésor américain à 10 ans a atteint son plus haut niveau des 14 derniers mois, à 2,25% en hausse lui aussi de 3 pdb.
Alors que l’agence de notation S&P relevait la perspective de la note américaine de « négative » à « stable « en raison de l’amélioration des perspectives économiques, les taux auraient dû -en toute logique - baisser. Or c’est l‘inverse qui s’est produit, signe que plus que la vigueur de la reprise, c’est le degré d’injection monétaire qui hante les marchés.
Dans un entretien au Wall Street Journal, James Bullard, le président de la Réserve fédérale de Saint-Louis a tenté de rassurer les investisseurs en indiquant que la réduction éventuelle des programmes de rachats d'actifs de la banque centrale devrait être décidée en fonction des statistiques économiques et non pas d'un calendrier précis. Or le dernier rapport sur l’emploi ne présage ni d’une accélération de la reprise économique, ni d’un ralentissement. En clair, les statistiques ne sont ni assez bonnes ni assez mauvaises pour anticiper l’évolution de la politique monétaire américaine.
Toutefois, si la Fed décidait d'infléchir sa politique monétaire, la banque centrale commencerait probablement par diminuer de 10 à 20 milliards de dollars par mois le montant des rachats de titres obligataires, "si les conditions économiques sont acceptables" a tenté de rassurer le président de la Fed de Saint louis.
Pour rappel, la Fed rachète mensuellement près de 85 milliards de dollars d'obligations afin de peser sur les taux longs et soutenir la croissance économique. Or, la crainte d’une réduction de la taille du QE provoque une remontée des couts d’emprunts, ce qui n’est pas sans susciter la nervosité des marchés. Des tensions qui se répercutent sur les marchés obligataires et actions européens.