Entre Fleur Pellerin qui ne voit personne partir et ma coiffeuse dans le 8ème arrondissement de Paris qui me dit que la moitié de ses clients ont quitté la France depuis un an, j'ai du mal à me faire une opinion. J'attache cependant plus d'importance à ceux qui vivent l'économie sur le terrain plutôt qu'à ceux qui la découvrent du haut de la tour d'ivoire de la Haute Administration.
Partir. Quitter la France.
L'exil fiscal d'abord. Qui sont ceux qui le pratiquent ou y pensent le matin en se rasant? Ceux qui sont riches d'abord. Riches mais pas ultra riches. Ces derniers n'ont pas besoin de bouger: une "optimisation" fiscale avec des holdings, des fondations et des cascades de sociétés offshore leur permet de flâner en France en narguant le fisc. Ceux qui ont des belles pépites aussi, des groupes en pleine croissance qui ont besoin de respirer librement ou des sociétés qu'ils prévoient de céder dans les 3 à 10 ans qui viennent.
L'exil des talents ensuite. Petits génies de l'Internet et de la technologie qui veulent construire un Google ou un Twitter dans un écosystème favorable: une "valley". En silicone, ou à Londres ou à Singapour. Pas une vallée de la mort Française qui vise à les transformer en fonctionnaires, ou en jeunes éligibles au RSA ou qui pourrait convertir un jour leurs start ups non pas en success stories mais en scop.
J'entends souvent la question: à partir de quel patrimoine faut il quitter la France pour éviter le massacre? Si c'est pour se mettre en retraite ou en semi retraite dans un paradis fiscal, la barre est assez haute. 20, 25 millions ou plus. Oui. Autant que çà.
Si c'est pour créer, entreprendre, ou innover, avec la volonté de travailler plus de 35 heures par jour, 20,000 euros ou 25,000 euros. Oui. Si peu que ça.
Et le patriotisme et l'amour de la France dans tout cela? Je sais que quand on n'aime, on ne compte pas. C'est ce qui disent ceux qui n'ont jamais vécu en couple bien longtemps...
Pour les autres, il reste deux solutions: la résignation de voir les 12,000 milliards d'euros d'épargne des ménages pris en otages et ponctionnés chaque année jusqu'à épuisement ou l'exil intérieur: travailler moins pour gagner moins et bénéficier du bouclier fiscal qui limite encore l'ISF à 75% des revenus.
À chaque profil, un choix. Un choix parfois douloureux mais un choix nécessaire.
(Edito publié dans Challenges)