Les taux longs envoient un sérieux avertissement à la Bourse.
Aux États-Unis, l’obligation à 30 ans dépasse 5,3%, au plus haut depuis 2007.
Le 10 ans allemand est au plus haut depuis 2011, le français depuis 2008.
Au Japon, il tutoie 3%, un niveau inédit depuis trente ans.
Après quinze années d’argent presque gratuit, le capital a de nouveau un prix.
Par Dorian Abadie
Responsable Bourse
Meilleurtaux Placement
Pour les actions, l’équation se durcit.
Plus les obligations rapportent, plus les investisseurs exigent de rendement pour prendre du risque.
Et plus les bénéfices lointains valent moins cher aujourd’hui.
C’est le talon d’Achille de la technologie : hier, le secteur a chuté de 2,5% en Europe.
Quand les taux montent, les valorisations élevées deviennent difficiles à défendre.
Les États alimentent eux-mêmes la pression.
La dette américaine approche 40 000 milliards de dollars, avec un déficit attendu de 1 900 milliards cette année, soit 5,8% du PIB.
En France, la dette atteint 117,5% du PIB, à plus de 3 530 milliards d’euros, et le déficit 2025 s’est élevé à 5,1%.
Dans la zone euro, il devrait remonter à 3,6% en 2026.
Plus les États empruntent, plus ils doivent rémunérer les investisseurs.
Même le Japon bascule.
Son 10 ans frôle désormais 3%, au plus haut depuis 1996, et le 30 ans dépasse 4%.
Inflation, hausse attendue des taux et inquiétudes budgétaires bouleversent un modèle fondé sur l’argent presque gratuit.
Surtout, si les obligations japonaises redeviennent attractives, une partie de l’épargne locale pourrait rentrer au pays.
Autant de capitaux en moins pour les États-Unis et l’Europe.
Les États ne sont plus seuls à emprunter massivement.
Amazon, Alphabet, Microsoft, Meta et Oracle pourraient émettre 250 milliards de dollars d’obligations en 2026, puis 400 milliards en 2027, notamment pour financer l’IA.
En Europe, ce sont les dépenses militaires qu’il faut financer (380 milliards d’euros en 2025).
États, géants technologiques et industriels de la défense se disputent désormais la même épargne mondiale.
Le signal est d’autant plus préoccupant que les taux longs montent alors même que les marchés anticipent moins de hausses de taux de la Fed.
Le problème dépasse donc les banques centrales : déficits, inflation, pétrole, IA, réarmement et prime de risque poussent tous dans la même direction.
Pendant quinze ans, la baisse des taux a porté les actifs.
Si la mécanique s’inverse durablement, la Bourse devra apprendre à monter sans son meilleur allié.
Et pour les valeurs technologiques les plus chères, l’addition pourrait être particulièrement salée…
Par Olivia Boulay, chargée de contenu patrimonial, Meilleurtaux Placement.
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